mercredi 25 février 2009

Published mercredi, février 25, 2009 by Michel G with 0 comment

Ibn Arabî

Moheïddine Ibn ’Arabî (محي الدين ابن عربي), ou : Mohyiddîn Abu Bakr Mohammad Ibn Alî 'Ibn Arabî al-Hâtimî, plus connu sous son seul nom de Ibn ’Arabî, est né le 27 Ramadan 560 de l'Hégire (7 août 1165, Murcie dans le pays d'al-Andalûs - 1240, Damas). Appelé aussi « Cheikh al-Akbar » (« le plus grand maître », en arabe), il est un mystique, auteur de 846 ouvrages. Son œuvre aurait influencé Dante et Jean de la Croix[réf. nécessaire]. Dans ses poèmes il traite de l'amour, de la passion, de la beauté et de l'absence. Ne pas le confondre avec Abu Bakr Ibn al-Arabi

Sa vie

En 1179, il rencontre le philosophe Averroès à Cordoue. Cette rencontre avec le vieux philosophe marqua le jeune mystique (il n'a pas alors 14 ans). Ibn ’Arabî se forma lui-même aux théologies. Il acquit une science considérable par la lecture de différents maîtres.

En 1196 à Fès à 31 ans, il a la révélation du sceau de la sainteté muhammadienne. Il dit avoir reçu les Gemmes de la sagesse d'un trait, réveillé une nuit par Mahomet. La sagesse est représentée par une pierre dont la forme représente la Tradition ; alors que la pierre est la même pour tous, elle est taillée différemment selon les formes prophétiques dictées à Abraham, Jésus ou Mahomet.

En 1203, il commence les Conquêtes spirituelles mecquoises. À la Mecque, il écrit son ouvrage métaphysique majeur : les Illuminations de la Mecque (ou : Illuminations mecquoises : "Futûhât al Makkiyâ"). Il y décrit les aspects spirituels et métaphysiques du soufisme. Conjuguant une extrême rigueur dans la conception et un travail visionnaire, cet ouvrage vaut à Ibn ’Arabî son surnom de fils de Platon.

En 1223, il s'installe à Damas où il s'éteint en 1240.

Sa pensée

L'œuvre d'Ibn Arabi est le sommet du soufisme. Elle marque une date dans l'histoire de ce courant. Avant Ibn Arabi, le soufisme est une mystique imprégnée de la morale comme on peut le voir chez Muhâsibi, Abû Talib al-Makki et Abu Hamid al-Ghazali, c'est-à-dire une mystique pratique (sagesse et manuels pour une meilleure guidance de l'âme) et non pas intellectualiste. Après lui, c'est une théosophie complexe, la plus complète somme systématique de l'ésotérisme musulman et l'un des sommets de l'ésotérisme universel. Certains penseurs occidentaux (Guénon, Schuon) le considèrent comme une des expressions privilégiées de la "philosophia perennis". Selon Roger Deladrière, Ibn Arabi est l'auteur de "l'œuvre théologique, mystique et métaphysique la plus considérable qu'aucun homme ait jamais réalisé".

Cette œuvre immense - 846 ouvrages¹ répertoriés par O. Yahia dans son « Histoire et classification de l'œuvre d'Ibn Arabi » - traite de toutes les sciences religieuses islamiques ; celles de la Charia ou Loi exotérique (Coran, Sunna ou Tradition de Mahomet, droit), celles de la Haqîqa ou Vérité métaphysique et ésotérique, et celle de la Tarîqa, c’est-à-dire la voie spirituelle et initiatique menant à la "réalisation" de la Vérité ». Henry Corbin le considère comme « un des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps ». L'œuvre est d'un abord difficile, car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis qui appelle le commentaire.

Pour Ibn ’Arabî, la voie mystique n'est ni rationnelle ni irrationnelle : l'esprit s'échappe des limites de la matière. Contrairement à la philosophie, elle se situe hors du domaine de la raison. Ainsi, contrairement à la scission dessinée par Averroès entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance. Ibn ’Arabî se situe intellectuellement dans la lignée de Al-Hallaj qu'il cite à de nombreuses reprises : il estime que les véritables fondements de la foi se trouvent dans la connaissance de la science des Lettres ('Ilm Al-Hurûf). Selon lui, la science du Coran réside dans les lettres placées en tête des sourates, une conception que l'islam doctrinal actuel, nie farouchement. Aussi l'œuvre d'Ibn ’Arabî demeure-t-elle marginalisée, aujourd'hui encore, par l'orthodoxie islamique.

Le « Trésor caché »

Cette notion renvoie au hadith (sentence de Mahomet) selon lequel Dieu a dit : "J’étais un trésor caché et j’ai aimé [ou voulu] à être connu. Alors j’ai créé les créatures afin d’être connu par elles" (Futuhat d'Ibn 'Arabi, II, p. 322, chap. 178). Dans ce hadith la volonté de Dieu d’être connu est véhiculée par le désir et l’amour : "Lorsque Dieu S’est connu Lui-même et a connu le monde par Lui-même, Il l’a créé selon Sa forme. Le monde fut donc un miroir dans lequel Il contemple Son image. Il n’a aimé, en réalité, que Lui-même" (Fut., II, p. 326) . Ce rapport de soi à soi se comprend par le fait que le monde tout entier, connu par Dieu dans Sa science éternelle, n’est que formes épiphaniques pour Sa manifestation (tajallî). En Se manifestant dans ces formes, Il Se connaît et Se contemple et aime la créature en S’aimant Lui-même. Voir aussi : Ibn 'Arabi, Traité de l’amour, p. 60: "Ainsi, l’objet de l’amour, sous tous ses aspects, est Dieu. L’Être Vrai en se connaissant Soi-même connaît le monde de Soi-même qu’Il manifeste selon Sa forme. Partant, le monde se trouve être un miroir pour Dieu dans lequel Il voit Sa forme. Il n’aime donc que Soi-même".

La « Wahdat al Wujûd »

La théorie de Wahdat al-Wujûd (Unicité de l'Être) a été systématisée pour la première fois par son disciple et beau-fils Sadr al-Dîn al-Qûnawî.

Ibn 'Arabi n'a pas dit expressément cette formule, mais il a laissé entendre dans plusieurs textes de son œuvre, notamment "Futûhât" et "Fusûs al-Hikam" que "la réalité de l'Être est unique" (Haqîqat al-Wujûd wâhida), et que Dieu est l'Être au sens absolu, le véritable Être, l'Être nécessaire (chez les philosophes) qui conditionne tous les êtres subordonnés et contingents, et n'est conditionné par aucun autre être. La notion de "Wahdat al-Wujûd" chez Ibn 'Arabi n'est que l'interprétation emphatique et hyperbolique de l'unicité (tawhîd), un pilier de l'islam.

En disant que Dieu est Unique (Wâhid) et qu'il n'est autre chose que l'Être dans son aspect inconditionné, on a voulu, à tort ou à raison, rapprocher cette théorie du Panthéisme de Spinoza. Or, la conception de ce dernier s'éloigne notablement de celle d'Ibn 'Arabi, dans la mesure où le panthéisme suppose l'unité de Dieu et de la Nature (Dieu est la Nature), alors que chez Ibn 'Arabi, Dieu n'est pas connu dans sa Réalité essentielle (Huwa, Allah), mais connu par le biais de Ses noms [divins], multiples et opposés, qui gèrent l'univers depuis sa création et jusqu'à sa déchéance. D'autre part, les noms divins se reflètent dans la création, ils ne s'y incorporent pas. La thématique du miroir de la création dans lequel Dieu se reflète par l'intermédiaire de Ses noms divins n'est pas le fruit du hasard, elle intervient pour interdire toute assimilation de l'essence divine avec la substance de la création. Henry Corbin parle à ce propos de théomonisme. On pourrait dire que, contrairement au panthéisme qui naturalise Dieu et l'absorbe dans l'immanence, le théomonisme d'Ibn Arabi divinise la nature tout en préservant la transcendance de Dieu et son unicité.

Les Noms divins

L'Imagination créatrice

L'imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant, et Henry Corbin a été le premier commentateur d'Ibn Arabi à en parler amplement dans son ouvrage-référence (Voir infra : Bibliographie) l'Imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi. Ce livre représente une lecture philosophique à vocation phénoménologique pour explorer un thème central, jamais étudié jusque là. Ce thème est l’imagination qui a donné lieu à l’invention de plusieurs termes connexes comme "imaginal" et "le monde imaginal" ou mundus imaginalis.

Pour H. Corbin, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique prophétique, se base sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu, ou sa manifestation dans le monde des phénomènes, et là l'imagination joue un rôle décisif de la perception de cette face divine dans les choses. Elle est une imagination "créatrice" dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde. Tout est interprété à la lumière de la théophanie dont l’imagination représente l’organe de perception. H. Corbin dit : "L’imagination active est essentiellement l’organe des théophanies, parce qu’elle est l’organe de la création et que la création est essentiellement théophanie" (L'imagination créatrice, p. 148). H. Corbin place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : "Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe" (Ibid., p. 83).

De ce point de vue, H. Corbin place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

L'Homme parfait

L’homme chez Ibn 'Arabi est l’image parfaite de la création accomplie : "Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue" (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques. Ses facultés intérieures (l’intellect, l’imagination, etc.) ont une similitude avec les sphères supérieures. Cette ressemblance extérieure et intérieure est constamment évoquée dans plusieurs chapitres des Futûhât, ainsi que Mawâqi' al-Nujûm (le Couchant des étoiles) et Tadbîrât al-Ilâhiyya (Les dispositions divines). Avant Ibn 'Arabi, plusieurs philosophes, comme les Frères de la pureté (Ikhwan al-Safa) et Avicenne (Ibn Sînâ), ont systématisé dans leur métaphysique la face humaine de l’univers et l’aspect cosmologique de l’homme.

Ibn 'Arabi entend par l’homme un degré élevé et distingué, celui de l’homme parfait. La perfection humaine est liée à l’image divine qui procure les secrets ésotériques pour agir sur la créature . En outre, la présence de l’homme dans la créature contribue à la perfection de son image. L’homme parfait se distingue de l'homme ordinaire (Ibn 'Arabi dira l'homme-animal, du fait de la ressemblance anatomique et physiologique) par l’appropriation des Noms divins en ayant la volonté créatrice et le commandement du monde. Par ailleurs, L’homme parfait se distingue par l’énergie spirituelle ou l’aspiration (en arabe : himma) qui est son instrument de création. Elle représente, chez l’homme animal, le côté manuel dans ses fabrications et ses dispositions.

Outre l’appartenance à l'entité spirituelle, l’homme parfait se distingue aussi par la succession ou la lieutenance (Khilâfa) . Il est ainsi vicaire (khalîfa) et successeur (nâ'ib) par le fait qu’il maîtrise la totalité des noms et en étant une copie abrégée de la réalité cosmique et métaphysique. Ce verset nous enseigne cette vérité : "Et Il apprit à Adam tous les noms" (Coran, sourate 2, verset 31).

Si Dieu s’est qualifié de "trésor caché", c’est qu’Il est dérobé derrière la forme de l’homme parfait et se manifeste par sa théophanie dans cette forme parfaite. En étant le lieu épiphanique, l’homme parfait se connaît soi-même et connaît son Seigneur qui apparaît en lui, contrairement à l’homme animal qui connaît les réalités supérieures par l’intermédiaire de preuves cosmiques et de signes érigés dans le monde. La méditation de ces signes ne dépasse pas chez lui le seul effort spéculatif. L’homme parfait contemple plutôt ces signes en lui et extrait les perles du trésor caché dans son âme. Il associe ainsi la méditation et la contemplation.

Son influence

L'influence d'Ibn Arabi dans l'histoire de la spiritualité islamique est immense. Non seulement elle comprend l'école d'Ibn Arabi lui-même, mais elle s'étend à de nombreuses confréries soufies telles que la Chadhiliyya, la Khalwatiya, la Mawlawiya (les fameux Derviches tourneurs), la Tchichtiya, toujours vivantes aujourd'hui. Au delà du soufisme, les œuvres d'Ibn Arabi on été méditées et commentées par de nombreux mystiques et théosophes persans d'obédience chiite. Osman Yahia a recensé 130 commentaires perse des seuls Fosûs. Plus tard encore, son influence s'étendra encore lorsque se produira la jonction de cette école avec l'Ishraq de Sohrawardi et la théosophie chiite des Saints Imams (Haydar Amoli, Ibn Abi Jomhur, Molla Sadra Shirazi).

Malgré un aussi grand nombre d'adeptes et de défenseurs prestigieux aussi bien sunnites que chiites, elle fut l'objet de violentes critiques tout au long de l'histoire, de la part des théologiens orthodoxes (voir Ibn Taymiyyah) qui lui reprochent sa conception de l'unicité de l'être qu'ils assimilent à une forme de panthéisme. Aujourd'hui encore, Ibn ’Arabî est un auteur controversé dans l'islam. Ses approches exégétiques, sa conception du messianisme à travers la figure emblématique du Mahdi suscitent des polémiques. Il reste une référence pour les écoles soufies qui voient en lui l'héritier spirituel de Mahomet.

Notes

¹ Selon Corbin, « 856 ouvrages, dont 550 nous sont parvenus et sont attestés par 2917 manuscrits ».

Ses œuvres

C'est à l'Espagnol Miguel Asin Palacios que l'on doit la découverte des ouvrages d'Ibn Arabi, ainsi qu'à Louis Massignon et Henry Corbin. C'est grâce à ces trois chercheurs que l'enseignement du Maître de Murcia a pu renaître en terre d'islam et se faire connaître en occident.

  • remplir la liste de livres d'Ibn Arabi en arabe
  • La vie merveilleuse de Dhû-l-Nûn l'Egyptien
  • Le livre de l'Extinction dans la Contemplation
  • Le Traité de l'Amour
  • Le Traité de l'Unité
  • Le Voyage vers le Maître de la Puissance
  • Les Soufis d'Andalousie
  • Les Illuminations de la Mecque
  • La Sagesse des Prophètes
  • L'Alchimie du Bonheur parfait
  • L'interprête des désirs ardents
  • L'Arbre du Monde
  • "Le dévoilement des effets du voyage", édition du texte arabe, traduction introduction et notes de Denis Gril, Editions de l'Eclat, 1994
  • "La production des cercles", édition du texte arabe Nyberg, traduction et introduction Paul Fenton et Maurice Gloton, Editions de l'Eclat, 1996.
  • Le livre des chatons des sagesses',' Editeur AL-Bouraq, 1999
  • " Les trente six attestations de l'unité "

-le livre de l'arbre et des quatre oiseaux

Bibliographie

De Ibn 'Arabi

  • La prière du jour du vendredi: extrait du chapitre 69 des Futūhāt, éd. al-Bustane, Paris, 1994 (ISBN 291085602X)
  • Les trente-six attestations coraniques de l'unité, éd. al-Bustane, Paris, 1994 (ISBN 2910856011)
  • Le Maître d'amour, illustrations de Nja Mahdaoui, texte de Rodrigo de Zayas - éd. Albin Michel.
  • Le dévoilement de l'effet du voyage traduit par Denis Gril, éd. de l'Eclat, 1994. Texte arabe édité, traduit et présenté par Denis Gril en accés libre sur le site http://www.lyber-eclat.net/lyber/ibnarabi/voyage.html
  • La vie merveilleuse de Dhû-I-Nûn l'égyptien, traduit par Roger Deladrière, éd. Sindbad, Paris, 1994 (ISBN 2727401575)
  • La profession de foi, traduit par Roger Deladrière, éd. Sindbad, Paris, 1995 (ISBN 2727401964)
  • Les soufis d'Andalousie, traduit par R. W. J. Austin, éd. Sindbad, Paris, 1995 (ISBN 2727401551)
  • Le livre des contemplations divines, traduit par Stéphane Ruspoli, éd. Sindbad, Paris, 1999 (ISBN 2742723935)
  • Le Chant de l'ardent désir, traduit par Sami Ali, éd. Sindbad, Paris, 2006 (ISBN 2742765027)

Sur Ibn 'Arabi et son oeuvre

  • Claude Addas, Ibn Arabi et le voyage sans retour, éd. du Seuil, Paris, 1996, collection "Point-Sagesse".
  • Claude Addas Ibn Arabi ou la quête du souffre rouge, Claude Addas, Paris, Gallimard, Collection "Bibliothèque des Sciences humaines", 1989.
  • Henry Corbin, L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi, Paris, Flammarion, 1958; Flammarion-Aubier, 1993.
  • Titus Burckhardt, Clef spirituelle de l’Astrologie musulmane d’après Mohyiddin Ibn 'Arabi, Milan, éd., Archè, Bibliothèque de l’Unicorne, 1974.
  • William Chittick,

- The Sufi Path of Knowledge. Ibn al-Arabi’s Metaphysics of Imagination, New York, SUNY Press, 1989. - Imaginal Worlds. Ibn al-Arabi and the Problem of Religious Diversity, SUNY Press, 1994. - The Self-Disclosure of God : Principles of Ibn al-Arabi’s Cosmology, SUNY Press, 1997.

  • Michel Chodkiewicz,

- Le sceau des saints. Prophétie et sainteté dans la doctrine d’Ibn Arabi, Paris, Gallimard, nrf, "Bibliothèque des sciences humaines", 1986. - Un océan sans rivage. Ibn Arabi, le Livre et la Loi, Librairie du XXe siècle, Paris, éd., Seuil, 1992.

  • Stephen Hirtenstein,

- The unlimited mercifier : the spiritual life and thought of Ibn Arabi, Oxford, Anqa publishers ; Ashland, White Cloud Press, 1999 - Prayer and Contemplation : foundations of the spiritual life according to Ibn Arabi, ed. by Stephen Hirtenstein, Oxford – San Fransisco, Muhyiddin Ibn Arabi Society, vol.14, 1993.

- Histoire et classification de l’œuvre d’Ibn Arabi, 2 vol., Damas, Institut français, 1964; traduction arabe par Ahmad Muhammad al-Tayyib, Le Caire, éd. de l’agence égyptienne générale du livre, 2001. - “Ibn 'Arabi”, Encyclopaedia Universalis, vol. 11, Paris, 1996, p. 869-871.

Voir aussi

Liens externes

ATTENTION ! Il y a confusion entre Mohammed Ibn el Arabi et Mohieddine Ibn Arabi, dans les deux textes il s'agit du dernier cité.


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Published mercredi, février 25, 2009 by Michel G with 0 comment

La maturité spirituelle

Ecrit par Llewellyn Vaughan-Lee

Au commencement, la flamme d'Amour n 'était pas si brûlante;
Cependant, quiconque vint à passer, essaya de l'attiser un peu plus.
Hajj Molla Hadi Sabewar


Disciple et successeur d'Irina Tweedie - qui relata son expérience du soufisme dans un livre célèbre, L'abîme de feu -, Llewellyn Vaughan-Lee a fondé en Californie le Golden Sufi Cen ter pour transmettre l'enseignement de la voie Naqshbandi, dans laquelle il est engagé depuis plus de trente ans. Il expose ici la subtilité des phases et modalités du « voyage de l'âme ».


Suite au bouleversement intérieur de l'éveil, rappel soudain de notre nature véritable, naît une passion folle qui ne peut être contenue dans la conscience ordinaire. Dans cette exaltation, le risque est grand de se laisser entraîner par les fantaisies et illusions spirituelles suscitées par l'ego et par l'inconscient. Seul un maître spirituel éprouvé est à même de canaliser et de rythmer cette respiration nouvelle dans la bonne direction. Grâce à lui, et à nos efforts, une vie spirituelle authentique peut se déployer. Le travail psychologique, qui consiste à confronter et à intégrer l'ombre, procure un psychisme équilibré et élabore un contenant pour notre conscience élevée. Inondé par la lumière du Soi : l'ego devient plus apte à transmettre cette nouvelle conscience, le mental s'adapte à cet état, le corps physique et la nature instinctive évoluent. On atteint alors la maturité spirituelle, qui consiste à vivre, chacun selon sa singularité, comme un mystique dans le monde.

« Quand le temps est au calme, être calme ;
en temps de partage, partager ;
à l'endroit de l'effort, faire l'effort.
Tout en temps et lieu. »
Proverbe Naqshbandi




Une révélation infinie s'étend tout autour de nous. A chaque instant le divin renaît. Cependant, ce moment de notre histoire marque le début d'une ère nouvelle ; un nouveau schéma de vie se dessine. Notre conscience spirituelle est au centre de cette nouvelle naissance. En nos cœurs, en notre conscience, et à chaque souffle, nous sommes les sages-femmes de ce nouvel éveil de la terre ayant lieu maintenant. Afin de participer pleinement à cette naissance, nous devons laisser les anciens schémas derrière nous, les anciennes manières de marcher sur la terre et de regarder vers le ciel. Nous entrons dans une ère d'union qui réunira matière et esprit, féminin et masculin, et notre pratique spirituelle doit refléter ce nouvel alignement. Nous ne pouvons renoncer à la terre ou suivre un modèle patriarcal de progrès spirituel. Le voyage de notre âme fait partie du voyage de la création tout entière. Notre cœur est relié au cœur du monde. Notre mémoire est la mémoire du monde. Grâce à notre propre éveil, le monde peut s'éveiller. Et cependant, le voyage individuel de l'âme vers sa Source, de l'amant vers le Bien-Aimé, continue depuis toujours. Tout change et rien ne change. Le voyage d'une âme rentrant « chez elle », c'est comme le battement de cœur spirituel du monde. Lorsque qu'un chercheur se tourne vers le Bien-Aimé, toute la création se réjouit car cela représente le voyage final de toute une vie. Chaque atome aspire à être réunit avec son Bien-Aimé et, en tant que voyageurs spirituels nous vivons cette aspiration de tout notre être. Ce voyage est notre plus grande contribution à la vie et au Bien-Aimé. Nous nous offrons sur l'autel de Son Amour et nous vivons Son drame de séparation et d'union.
Tandis que nous élargissons notre conscience spirituelle afin d'y inclure toute la création, il est important de se souvenir de la simplicité et du caractère ordinaire du voyage de l'âme. La nostalgie de Dieu qu'éprouve le cœur appartient à l'essence primordiale de la vie. De même qu'un tournesol tourne avec le soleil, ainsi notre âme se tourne-t-elle vers sa Source. Vivre et respirer cet appel véritable signifie souvent devoir laisser derrière soi bien des illusions que nous avons pu avoir sur la vie spirituelle.

L'innocence de l'éveil
Au début du voyage, une étincelle d'amour pur touche notre cœur et, pour un instant, nous nous éveillons au miracle de notre nature réelle et de notre profonde relation au divin. Sans ce don d'amour, il n'y aurait pas de voyage, pas d'aspiration à retourner à Dieu. Nous resterions dans les nuages de l'oubli sans jamais connaître notre être véritable. Cette étincelle nous ouvre à la vie et porte notre attention sur le voyage de l'âme, la plus belle des aventures.
Appelé traditionnellement « la conversion du cœur », cet éveil à l'amour est comme une première romance, sauf qu'il n'y a pas d'amant idéalisé, pas de fantaisie romantique ; c'est la grande histoire d'amour de l'âme avec Dieu s'imposant à la conscience. Cependant, ceci évoque dans l'amant une qualité similaire à l'impétuosité de l'adolescence, créant des fantaisies spirituelles qui, comme leurs contreparties romantiques, échappent souvent à notre contrôle. Ce n'est pas toujours facile de réconcilier cet éveil à l'amour véritable avec les mondanités de notre vie quotidienne, ou de contenir cette profonde aspiration dans notre conscience ordinaire.
La conversion du cœur éveille un feu en nous. Finalement, c'est ce feu qui va nous brûler et nous consumer, qui transformera notre plomb en or. Mais au commencement, ce n'est qu'une passion folle qui ne peut être contenue. Nous pouvons l'identifier avec « la nostalgie de Dieu », mais nous n'avons pas idée de la réelle dynamique du voyage, ni du travail douloureux sur notre ombre, ni du lent pétrissage de l'ego, choses qui appartiennent aux premières années de la quête. De même que l'expérience romantique de tomber amoureux ne nous prépare pas à la difficulté réelle d'une relation, l'étincelle qui nous touche au plus profond de notre cœur ne nous permet pas de pressentir la nature vaste et dangereuse de ce qui survient. Nous sommes jetés dans cette histoire d'amour avec Dieu comme un aveugle dans un océan infini.
Il en a toujours été ainsi. Nous arrivons avec notre innocence et notre aspiration, troublés par les doutes et le sentiment d'insécurité, emplis d'un désir pour quelque chose que nous ne comprenons pas. Nous ne savons pas non plus que faire de l'intensité et de la passion de notre âme. Que pouvons nous faire si ce n'est créer des fantaisies spirituelles, des images d'un monde spirituel rempli de ce qui reste non réalisé en nous ?
Peut-être que le voyage va nous donner le partenaire dont nous avons toujours rêvé, le travail que nous méritons. Nous projetons si aisément nos besoins personnels sur le potentiel inconnu de la quête, cherchant un parent pour nous aimer, un amant pour nous embrasser, des amis pour nous comprendre, un travail pour nous réaliser nous-même. En Occident, cette tendance naturelle à la projection est augmentée par le conditionnement qui promeut la satisfaction instantanée et qui nous dit que nous avons droit au bonheur personnel. La longue et dure route de notre entraînement spirituel véritable tient peu de place dans notre conscience collective.
La difficulté est augmentée du fait qu'au commencement il nous est montré quelque chose d'immédiat, appartenant à l'éternel Maintenant. Il nous est donné d'apercevoir ce qui est toujours ici : notre Bien-Aimé éternel.
A ce moment là, le temps n'existe pas, ni même de voyage long et ardu. Au lieu de cela, il y a quelque chose de spontanément et d'entièrement vivant. Il nous séduit en nous donnant un goût de ce qui déjà est en nous : le don de nous-mêmes tels que nous sommes de toute éternité. Comment l'ego avec ses limitations de temps et d'espace peut-il comprendre ou vivre cet éternel Maintenant ?
Le voyageur ne comprend pas tout de suite que le vrai labeur sur le chemin n'est pas d'avoir accès aux expériences spirituelles ou mystiques ; celles-ci sont données par la grâce. La tâche est de créer un contenant pour elles afin qu'elles puissent se concrétiser dans notre vie quotidienne. Une des qualités de ce contenant est de pouvoir discerner une expérience intérieure réelle d'une illusion spirituelle créée par l'ego. Sans ce discernement, le voyageur s'égare facilement et perd l'énergie et le potentiel de son éveil.

Illusions spirituelles
Ceci ne signifie pas que l'on doive refuser l'exaltation et le feu de son propre éveil. Traditionnellement, c'est la renaissance spirituelle personnelle, le moment où la vraie vie de l'âme commence. Le « oui » qui jusqu'à présent avait été caché dans l'âme monte à la surface, explosant parfois dans notre monde extérieur. Joie et intensité appartiennent à ce moment et doivent être vécues. L'amour véritable est né, la vraie lumière est là. Quelque chose de très fort a commencé. Cela peut être comme un sentiment de « retour au pays » pour la première fois de sa vie ; c'est comme se sentir être ici, vraiment « chez soi ».
Chaque étape du chemin est nécessaire : « Il y a un temps pour chaque chose sous le soleil. »
Je me souviens de l'intensité de mon propre éveil, du monde qui étincelait soudain d'une lumière cachée ; cela tenait de la joie et du miracle. Je me souviens de mes premières expériences de méditation, de mes premières expériences d'une Réalité au-delà du mental. Il m'était donné une chose à laquelle j'avais toujours aspiré sans savoir qu'elle existait. Il m'était donné un goût de la réalité au milieu d'un monde d'illusions et de mensonges. Le désir pour la Vérité avait été allumé et je savais alors ce que je voulais. Je n'avais pas de contenant pour la folle passion qui me possédait ; elle me conduisit presque à la folie. Je jeûnais au-delà de ce que mon corps pouvait supporter. Mais, pour la première fois, j'étais complètement vivant.
Il est à espérer que l'on trouve un instructeur ou un chemin pour commencer le labeur spirituel qui est de créer un contenant, de canaliser le feu dans la bonne direction, afin de pouvoir vivre une vie équilibrée.
Trois ans se passèrent avant que je trouve le chemin qui me ramènerait « au pays », et j'y arrivai dans un état bien éloigné de l'équilibre, résistant grâce à la volonté et à la détermination, aminci, affamé, mes pieds touchant encore à peine le sol. Mais nous recevons tous les expériences dont nous avons besoin et je ne regrette pas la folie de ces premières années, même en sachant maintenant qu'une grande partie de mon énergie et de mes actions fut mal dirigée. Par exemple, j'avais réalisé qu'on ne peut atteindre la perfection par le jeûne du corps ou bien atteindre à la Réalité par la force de la volonté.
Un des dangers des premières années est l'illusion spirituelle. Nous sommes saisis par une aspiration, par une faim primordiale pour une chose que nous ne pouvons pas nommer et que nous ne connaissons même pas. Nous sommes éveillés pour un instant à une Réalité qui rencontre peu d'écho dans les schémas de notre vie extérieure comme dans ceux de notre pensée. Nous n'avons pas de concept pour ce qui est vraiment en train de se passer, alors, naturellement nous créons des images et des attentes qui nous viennent du passé. Dès que je vis la lumière des yeux de mon maître, je voulus être dans cet espace au-delà des limitations d'un monde que je trouvais de plus en plus aliénant et rempli de problèmes. J'imaginais que la vie spirituelle c'était de vivre dans cette dimension sans forme, de présence et d'amour. Je n'imaginais pas comment la voie allait me ramener de force dans ce monde de limitations.
Au début, bien des chercheurs tombent dans cette illusion qui est de vouloir s'échapper de la réalité ordinaire.
Un ami décrit ainsi ce qu'il en fut pour lui: « Je pensais que j'allais être soulevé hors de la vie. Je pensais que la vie ordinaire extérieure allait se dissiper d'une manière ou d'une autre et que je n'aurais plus à être responsable dans cette vie. Je pensais que j'allais me perdre dans l'amour, que je n'aurais plus à exister en tant qu'individu "séparé", que je serais toujours balayé, emporté par l'amour. Je pensais que j'allais être emmené de plus en plus profondément dans des états d'amour et de félicité, que ce serait comme d'aller toujours de l'avant dans la méditation. Je ne pensais vraiment pas avoir à retourner dans la vie normale, ou dans un état de conscience normal. »

Une autre amie pensa que ses problèmes n'existeraient plus, qu'ils allaient se dissoudre ou bien qu'elle allait s'élever au-dessus d'eux afin d'exister dans une plus haute réalité. D'autres chercheurs ont l'illusion qu'ils vont acquérir une connaissance spirituelle particulière, voire des pouvoirs. La promesse d'« illumination » est une erreur commune qui ne voit pas cette vérité élémentaire, à savoir que ce n'est pas l'ego qui fait les expériences spirituelles les plus élevées car dans la dimension du Soi il n'y a plus de « je » pour réaliser quoi que ce soit. Il y a tant d'illusions et tant de manières d'utiliser les images appartenant à la voie afin de fuir la vie et de nous fuir nous-mêmes ! La vraie voie nous ramène à nous-mêmes et à la vie. Si nous ne sommes pas ramenés à nous-mêmes, l'important travail psychologique qu'est la confrontation à notre propre obscurité ou à notre ombre ne pourra pas s'accomplir, ni même la mise en place d'autres dynamiques qui aident à créer le contenant pour un psychisme équilibré.

Tandis que nous travaillons sur nous-mêmes, nous commençons à comprendre que bien des illusions au début du chemin sont en rapport avec le fait que notre ego semble être le seul acteur de notre vie.
Une amie a compris que ses illusions étaient toutes nées du fait évident que c'est une « personne » qui s'engage sur la voie ; il s'en suit que tout ce qui est attendu dès le commencement se réfère au niveau personnel. Par exemple, elle pensait que le « je » ou le « moi » personnel allait être amoureux tout le temps. Elle dit : « Je ne réalisais pas encore que l'amour "est", tout simplement, et qu'il n'a rien à voir en fait avec le "moi", mais que simplement il existe. »
Au début, tout ce que nous connaissons c'est l'ego, alors nous imaginons la voie avec toutes ses expériences à travers les yeux de l'ego qui est plein de désirs et d'idées d'assouvissement. Même si nous avons lu ou si l'on nous a dit que l'ego « doit disparaître », qu'il nous faut « mourir avant la mort », nous ne pouvons pas imaginer un état dans lequel le « je » ne serait pas au centre. Quand nous pensons au Soi, nous imaginons un ego spiritualisé. Nous sommes rarement préparés à la simplicité de ce qui est. Le Soi peut bien avoir une dimension cosmique, mais son essence est aussi des plus ordinaires et des plus simples ; c'est une qualité d'être qui est présente en tout et partout. Nous ne pouvons pas comprendre les états de non-être qui existent au-delà du Soi à l'aide d'une conscience centrée sur son propre sens de l'existence. Comment pouvons nous imaginer un état dans lequel nous sommes là où nous ne sommes pas ?
Alors que certaines illusions sont centrées sur l'intériorité spirituelle, d'autres reflètent un désir de manifestation, de concrétisation ; par exemple, on aimerait devenir guérisseur ou instructeur spirituel, on aimerait avoir une destinée qui reflète notre nature spirituelle unique. Bien que certains voyageurs spirituels puissent être appelés à s'engager sur la voie, leur désir n'est souvent qu'une nouvelle forme d'auto-satisfaction ; l'ego s'approprie une énergie ou une intention pure et l'utilise à ses propres fins. L'ego aime à se gonfler, aime à se faire l'acteur principal sur chaque scène. Cela peut nous désillusionner de réaliser que le Soi n'a bien souvent pas besoin de forme extérieure spécifique ou de rôle à manifester, que c'est un état d'être plutôt qu'une « destinée manifeste ».
Une autre forme commune d'illusion spirituelle c'est l'idée de vivre une « vie guidée » ou d'être dans un état dans lequel les actions naissent d'elles-mêmes sans que nous ayons besoin d'être « l'acteur ». Bien que de tels états existent, dans lesquels le Soi ou notre nature divine vit à travers nous, un discernement conscient pour appréhender ces états est bien plus nécessaire que tout ce que nous aurions pu penser au début. Excepté dans les rares cas d'êtres hautement évolués spirituellement, notre nature supérieure à besoin de se manifester à travers notre ego et notre nature inférieure, qui se plaît à faire dévier de ses buts et intentions même la plus haute énergie. « L'ego épie à chaque coin », cherchant à pervertir notre vraie nature. Il nous faut apprendre à distinguer entre le réel besoin du moment et un désir caché ou un système d'auto-protection qui aurait pris une forme spirituelle. Souvent l'illusion d'être guidé n'est qu'un moyen d'éviter d'endosser les responsabilités de notre vie et de nos actions. C'est une excuse parfaite pour quiconque ne voudrait pas faire face pleinement à la vie quotidienne avec ses difficultés et ses demandes. La spiritualité patriarcale a peut être mis l'accent sur la nature transcendante du Soi, mais le Soi est aussi une partie intrinsèque de la vie et il ne peut être pleinement incarné et vécu que lorsque nous prenons nos responsabilités pour la vie, telle qu'elles se présentent. On ne peut réaliser le Soi qu'en acceptant complètement sa vie et son destin. Comme l'a dit le maître soufi Abû Sai'îd ibn Abî-l-Khayr : « Quel que soit votre destin, faites-y face ».
Finalement, la voie nous emmène vers un lieu où l'ego se donne et s'abandonne ; là, le Soi règne alors. Puis, la vie prend la qualité d'une feuille de papier blanche que le Bien-Aimé utilisera comme bon Lui semblera. Lorsque nous atteignons cette étape, nous avons déjà pris l'entière responsabilité de notre vie, de notre ego aussi, avec ses besoins et ses demandes. Nous sommes devenus des voyageurs arrivés à maturité qui n'utilisent pas la voie pour éviter les difficultés de la vie. Nous avons appris les valeurs du sens commun et nous avons appris à vivre dans les deux mondes. Nous avons développé une vigilance constante envers l'ego et les ruses dont il se sert pour se tromper lui-même.

La vie ordinaire
Aucune illusion n'est peut-être aussi commune et aussi insidieuse que celle qui fait croire que la vie spirituelle va éloigner le chercheur de la vie ordinaire. La vie quotidienne sera toujours incluse. En fait, nous nous immergeons de plus en plus dans l'ordinaire : « Nous coupons du bois et nous portons de l'eau ».
Nous sommes souvent le moins préparés pour cette mondanité de la voie. Après avoir goûté à la passion de l'âme qui initialement semble tellement « autre » par rapport à notre expérience ordinaire, nous avons tendance à attendre que la banalité de la vie s'efface dans l'exaltation ou dans l'extase du voyage intérieur. Nous imaginons peut-être une vie spirituelle remplie de défis dangereux et d'états spirituels. Mais c'est seulement l'ego qui une fois encore accapare l'expérience pour ses fins propres. Il n'est pas satisfaisant de n'être qu'un simple voyageur marchant dans la poussière en direction de sa maison !
Le caractère vraiment unique de notre nature apparaît souvent tout à fait ordinaire et simple.
Une amie décrit ainsi son expérience : « Je suis toujours choquée de constater à quel point les choses sont ordinaires, à quel point je redescends encore et encore vers l'ordinaire. Je m'attendais vraiment à ce que les choses soient "extra-ordinaires". »
Une autre amie qui vint vers mon maître s'attendait à vivre une simple vie de méditation, mais après quelques années elle se retrouva en train d'enseigner à trente enfants qui demandaient toute son attention tout au long de la journée, dans une école primaire au centre de la cité. Ce n'était pas ce qu'elle avait imaginé !
Souvent, l'attachement à l'« extraordinaire » de la vie spirituelle est un autre moyen de nous protéger contre la vie et contre nous-mêmes, de même qu'une fantaisie romantique peut nous protéger contre la vulnérabilité et les demandes d'une vraie relation. L'amour vrai nous met à nu et nous rend vulnérables car les schémas qui nous protègent sont alors dissous ou brûlés. Contrairement à bien des illusions, la vraie nature de la voie c'est de nous rendre de plus en plus vides, c'est de nous aider à avoir moins plutôt que plus. Alors que les illusions gonflent le plus souvent l'ego, lui faisant croire qu'il est spécial, sur la vraie voie nous devenons plus ordinaires et plus simples.
Lorsque nous vivons la passion de l'âme, déchirés par l'amour, il se peut que nous oubliions trop aisément l'importance de payer nos factures à temps ou de prendre soin de nos besoins humains et de nos responsabilités. Il se peut que nous traversions la vie sans bien faire attention à la façon dont nous traitons les autres et nous-mêmes. Mais, sans une base solide dans le quotidien, sans apprendre à traiter la vie avec l'attention et le respect dont elle a besoin, il ne nous est pas possible d'y vivre pleinement l'énergie de l'âme. Se centrer sur la vie quotidienne donne une base à l'énergie rencontrée sur le chemin, de plus cela rend difficile à l'ego de créer des fantaisies spirituelles. C'est pourquoi, traditionnellement, quand un jeune homme venait pour la première fois au tekke (ou khânqâh - ce qui signifie centre ou refuge soufi, en turc ou en persan), on lui donnait à faire les tâches les plus mondaines ou les plus basses, par exemple : nettoyer les toilettes ou balayer la cour. Il était possible que les premières années on ne lui donne aucunes pratiques spirituelles, mais à leur place, de simples tâches de service.
Il est important de ne pas rejeter la dimension ordinaire de notre expérience, car la nature de l'âme est simple et ordinaire et s'exprime souvent dans ce qu'il y a de plus ordinaire. L'âme est une qualité d'être dans laquelle les choses « sont », tout simplement. Là, la paix « est », l'amour « est », même le pouvoir « est », tout simplement. Nous ne remarquerons jamais, nous vivrons encore moins ces qualités de l'âme si nous suivons nos désirs afin d'échapper à l'ordinaire, si nous créons des drames inutiles ou des fantaisies.
Les haïku Zen reflètent souvent cette simplicité. La rosée sur l'herbe est présente, ici et maintenant, sans faire d'histoire. La pleine lune de la moisson reflétée sur l'eau est à la fois simple et profonde. Le contenant que nous créons sur le chemin est une relation de maturité avec la vie. Nous ne serons jamais capables de vivre le paradoxe de l'ordinaire rencontrant l'extraordinaire si nous ne sommes pas prêts à accepter la vie telle qu'elle est.
La vraie tâche, c'est de rester fidèle à soi-même dans tous les défis de la vie quotidienne, de s'intérioriser ne serait-ce que cinq minutes par jour alors même qu'il y aurait des distractions nombreuses.
L'acte de se souvenir n'a plus lieu dans l'isolement, mais au bureau et au supermarché. Il se peut que la voie soit l'opposé de ce à quoi on s'attendait ; il se peut qu'elle soit paradoxale, troublante et contraire à notre conditionnement, mais elle doit être vécue dans le monde, elle doit faire partie de la vie quotidienne.
A cette phase particulière de l'évolution de l'humanité, la nature ordinaire de la vie a une autre signification. Dans cette ère qui commence, cet ordinaire va être capable de refléter le numineux de l'âme d'une autre façon. Mais, afin de permettre à la vie de refléter la richesse et la nature éternelle de l'âme, nous devons abandonner les schémas, personnels et collectifs, qui nous éloignent de l'ordinaire. Nous devons apprendre à discerner entre une fantaisie de la vie spirituelle du type Disneyland avec toutes ses montagnes russes et ses barbes à papa, et la vraie manière par laquelle Il se révèle Lui-Même.

Apprendre le discernement
Nous ne pouvons pas éviter les illusions à propos de la voie. La puissance de l'aspiration et du désir de Vérité utilise notre imagination pour nous amener à une expérience plus profonde, de même que l'énergie du désir physique crée des images sexuelles pour nous attirer. L'imagination crée des fantaisies spirituelles que nous devons réconcilier plus tard avec la réalité de notre expérience, de même que nous devons réconcilier la romance avec une relation vraie ; mais ces fantaisies nous entraînent au-delà de nous-mêmes. En fait, l'énergie sexuelle fait partie de cette puissance qu'est la kundalini et qui nous hisse vers la Réalité.
Certaines fantaisies spirituelles et sexuelles ont cette même qualité d'amour et de félicité, cette qualité qui nous captive et nous emporte. Nous ne pouvons pas échapper à la puissance de l'imagination qui d'un désir sans nom crée des images correspondant à son assouvissement. Il faut que le désir nous tire hors de nous-mêmes dans le vaste océan de l'amour véritable ; les illusions que l'imagination crée à partir de ce désir pourraient être un leurre.
Je citerai Ibn al-Fârid :

« Car dans le rêve brumeux de l'illusion
l'ombre fantôme
te conduit à ce qui chatoie
à travers les voiles. »

Nous projetons notre désir de l'inconnaissable à travers notre imagination. Nous créons des images qui peuvent nous tenter d'entrer dans la voie. Le danger survient lorsque nous prenons les images pour le vrai but, lorsque nous prenons le relatif pour l'absolu. Alors, nous sommes piégés par nos fantaisies au lieu d'être menés au-delà d'elles jusqu'à leur source véritable, ce qui est le plus profond désir du cœur.
Au début, nous ne reconnaissons pas les vraies qualités de la voie, nous ne faisons pas la différence entre ce que nous devrions cultiver, ou ce à quoi nous devrions aspirer, et ce qui n'est qu'illusion. Nous ne pouvons pas discerner les fantaisies, qui nous entraînent plus avant dans l'histoire d'amour du cœur, des stratagèmes de l'ego qui veut nous arrêter. Nous sommes si facilement attrapés par les mirages subtils de l'ego et du mental ! L'inconscient, qui peut comploter avec l'ego, possède aussi des moyens puissants et séduisants pour nous empêcher de devenir plus conscients, pour nous garder sous son charme et dans ses schémas de dépendance. C'est une des raisons pour lesquelles il est nécessaire d'avoir un maître qui nous aide à traverser ce labyrinthe que nous avons nous-mêmes créé.
Graduellement, nous développons notre propre discernement ; nous apprenons à distinguer entre les voix de l'ego et celles du Soi. Mais au début nous sommes naïvement trompés par les nombreuses illusions créées par l'ego, par les nombreuses fausses images rencontrées sur la voie. Nous ne réalisons pas combien l'ego peut aisément se déguiser en notre nature spirituelle et nous tromper encore et encore.
Il y a des outils que nous pouvons développer pour nous aider à discerner, à regarder sous la surface de ces images. Par exemple, on peut se demander : gagner ou perdre telle ou telle chose m'aidera-t-il vraiment, ou bien cela me permettra-t-il seulement de me sentir bien ? « Qui » veut vraiment cela ? Cela est-il à sa place dans mes schémas psychologiques, dans mes mécanismes de défense, ou bien cela m'emmène-t-il au-delà de moi-même ? Cela me rend-t-il plus libre, peut-être plus vulnérable, m'aide à participer plus pleinement ? Il est souvent utile de discerner entre un besoin et un désir. Ai-je vraiment besoin de ceci, soit pour ma vie ou pour la voie, ou bien cela appartient-il à la nature créatrice de désirs de l'ego ?
Malheureusement, il n'y a pas de règles exactes ; chacun de nous est unique et la voie reflètera ce caractère unique. Il y a un temps pour lutter afin d'accomplir ce que nous voulons et un temps pour abandonner tout désir, un temps pour être fort et un temps pour soumettre sa propre force. Parfois, ce qui semble spirituel est la plus grande des tromperies, tandis que ce qui peut sembler être une illusion mondaine, le désir d'une carrière réussie par exemple, peut nous aider à revendiquer ce qui appartient à notre vraie nature. Parfois, même le désir de vacances ou d'une nouvelle voiture est justement ce dont nous avons besoin à ce moment-là. Peut-être sommes-nous fatigués, peut-être avons-nous besoin d'un changement ou peut-être ne pouvons-nous pas continuer à mettre notre énergie dans une voiture qui ne cesse de tomber en panne. Le simple sens commun est souvent notre meilleur guide.

Patience
Graduellement, la voie et le maître arrachent nos illusions, nous laissant face à nous-mêmes. C'est ce que T.S. Eliot appelle :
« Une condition de simplicité totale
qui ne coûte pas moins que de tout donner. »
L'ego demeure car on ne peut pas facilement vivre en ce monde sans un ego, sans un sentiment d'être un « je » séparé. Avec l'ego demeure aussi notre paquet de problèmes psychologiques, les difficultés de la vie et les conflits de ce monde. Peut-être entrevoyons-nous une autre réalité dans laquelle ces problèmes n'existent pas, peut-être ressentons-nous l'éternelle présence d'une dimension dans laquelle les conflits n'existent pas, où seuls subsistent la paix et l'amour. Mais tout comme dans ce monde nous demeurons dans le corps physique avec ses douleurs et ses maux, nous restons aussi avec un ego imparfait. Le vrai labeur sur le chemin est d'harmoniser l'ego avec une plus vaste réalité qui se trouve en nous et tout autour de nous.
La voie nous aide à développer les qualités dont nous avons besoin pour remplir cette tâche, les qualités qui nous donnent la force et la compassion nécessaires pour vivre dans un monde imparfait dans lequel Sa présence est souvent voilée. La patience, avec les qualités similaires de tolérance, d'endurance et de constance, est au centre des qualités requises pour franchir les déserts infinis de la Voie. Le soufi met l'accent sur la valeur de la patience ; l'acquisition de la patience (sabr) est une étape de la voie soufie. L'étape de sabr est associée avec la maturité spirituelle dont nous avons besoin pour un long voyage durant lequel nous avons à porter le fardeau des difficultés d'une vie en apparente séparation.
Une histoire racontée par Saraj, un maître soufi du Xe siècle, illustre la patience qui est d'endurer Son absence comme la plus difficile forme de patience.
« Un homme se tenait devant Shîblî (que la compassion de Dieu soit sur lui !) et il lui dit :
« "Quel acte de patience est le plus ardu pour un être patient ?" Shîblî dit : "La patience en Dieu". "Non", dit l'homme. Shîblî dit : "La patience pour Dieu". L'homme dit : "Non". Shîblî dit : "La patience avec Dieu". "Non", dit-il. Shîblî se mit en colère et dit : "Sois damné, quoi alors ?..." L'homme dit : "La patience sans Dieu Le Très Haut."
« Shîblî poussa un cri qui déchira presque son esprit. »
Sommes-nous préparés à attendre pendant des jours infinis, des mois, des années même tandis qu'Il se voile Lui-Même à nous ? Sommes-nous prêts à continuer nos dévotions à travers ce désert ? Sommes-nous prêts à ne rien vouloir pour nous-mêmes, sachant qu'Il viendra vers nous quand Il le voudra ? Ou demeurons-nous pris dans des schémas d'autosatisfaction, ne connaissant que nos désirs personnels, nos propres dynamiques de contrôle ?
Une amie trouvait dur d'accepter que même en ayant trouvé un maître et en ayant travaillé à développer toutes les attitudes correctes, il n'y ait pas de garantie qu'Il se révèle, que les portes de l'union s'ouvrent. L'histoire d'amour avec Dieu est très différente de celle que l'on peut avoir avec un parent que l'on veut contenter, et où il suffit d'avoir le comportement correct pour recevoir amour et attention. La voie ne dépend pas de nos propres efforts ; Il nous amène à Lui à la manière qui Lui est propre et comme Il le veut. Mais, accepter que nous soyons vulnérables et dépendants d'un Autre, accepter qu'« Allâh mène à Allâh celui qu'Allâh veut », cela peut être difficile, surtout pour une conscience occidentale qui est conditionnée pour valoriser l'effort individuel plus que le don de soi.
Pendant de nombreuses années sur la voie nous devons apprendre à attendre, ne connaissant que notre ego et ses insuffisances. Ceci peut être une partie douloureuse et éprouvante du voyage, pour lequel nous avons besoin de patience et de persévérance. Parfois, lorsqu'il y a des défis évidents auxquels nous devons faire face dans notre monde intérieur ou extérieur, il est plus aisé de rester centré sur la voie et sur ses propres pratiques. La monotonie infinie des jours passés sans Lui peut être difficile à supporter, tandis qu'il nous reste seulement la vie quotidienne n'ayant que peu de contenu spirituel apparent. Mais, c'est en ces moments-là que beaucoup de nos anciennes illusions disparaissent car il ne reste presque rien à l'intérieur ou à l'extérieur de nous-mêmes qui puisse les soutenir.

Le véritable labeur
Le véritable labeur sur la voie est de vivre l'énergie et la conscience élevée du Soi dans la vie de tous les jours. Initialement, le Soi, avec son énergie de réalisation de soi, éclate dans notre conscience ordinaire, créant parfois un déséquilibre psychologique. L'ego et le mental répondent à cet influx d'énergie en créant des illusions, souvent des images non fondées de la vie spirituelle. Puis, peu à peu l'ego cesse d'être gonflé par cette nouvelle énergie ; la voie et le travail psychologique qui consiste à confronter et à intégrer l'ombre, ainsi que d'autres dynamiques internes, procurent un psychisme équilibré, un contenant pour notre conscience élevée.
La complète soumission de l'ego au Soi prend des années, et tout le monde n'atteint pas ce stade-là. En fait, c'est plutôt la structure de l'ego qui est transformée afin qu'il apprenne à co-exister avec le Soi. Il ne combat plus constamment ni ne sabote notre vraie nature, il n'est plus autant qu'avant influencé par des schémas inconscients. Il cesse d'être un centre de conscience autonome mais commence à vivre une vie de service en relation avec le Soi. Nous apprenons à écouter, à discerner et à nous laisser guider par le réel. L'ego aussi change subtilement tandis qu'il est inondé de la lumière du Soi, il devient plus transparent, plus apte à transmettre au lieu d'obscurcir notre conscience élevée.
Le mental aussi s'adapte à un état plus élevé de la conscience. Le travail soufi, qui consiste à « marteler le mental pour le faire entrer dans le cœur », décrit un processus par lequel le mental apprend à œuvrer dans le cœur avec notre conscience élevée afin d'être attentif à ses indices plutôt qu'à les rejeter. Lorsque nous ne sommes plus autant dominés par des schémas de pensée rationnels, alors nous devenons plus réceptifs à l'intuition. L'intuition vraie ne suit pas des processus de pensées intermittents mais vient du Soi le plus haut où toute la connaissance existe comme dans un état d'union. La pratique spirituelle sur les rêves aide dans cet entraînement, nous enseignant l'attention aux images et aux messages qui viennent du mental inférieur. Tandis que nous apprenons à écouter ces rêves, nous nous mouvons au-delà des limitations de l'ego et de la pensée rationnelle.
De même, notre corps physique et notre nature instinctive se transforment, car eux aussi vont être inondés par la lumière du Soi. Parfois, des exercices de purification sont nécessaires, des changements de nourriture ou d'habitudes aussi. Par exemple, il est important de ne pas se livrer sans discernement à la sexualité, à l'abus de boissons alcoolisées ou à la fréquentation des bars. Mais trop d'exercices de purification, c'est-à-dire trop de jeûnes, voire même trop de méditation, peuvent aussi être un obstacle car cela peut nous rendre trop sensibles pour être capables de participer à la densité du monde matériel du temps présent. La maturité spirituelle, c'est d'apprendre à vivre une vie équilibrée.
Il faut espérer que nous fassions les nécessaires expériences de la vie et que nous apprenions l'habileté dans les petites choses afin que le Soi puisse se manifester dans le monde ; nous apprenons en quelque sorte l'art de vivre. Par exemple, si le Soi peut rendre le maximum de services dans le domaine de la psychologie, alors nous apprendrons cette discipline. Ou bien si le Soi a besoin de nous pour œuvrer dans les affaires, alors peut être devrons-nous passer un diplôme commercial ou faire un apprentissage dans les affaires. Le Soi ne nécessite pas un véhicule plein de fantaisies spirituelles mais un véhicule reposant sur une discipline pratique qu'Il pourra utiliser, que ce soit en tant que banquier, musicien ou thérapeute. C'est un malentendu de croire qu'une forme « spirituelle » extérieure est nécessaire pour réaliser sa propre destinée spirituelle. Le Soi n'est pas limité par les façons dont nous percevons le spirituel. Il embrasse la totalité de la vie et nous attire vers le juste véhicule correspondant à notre plus haute nature.
Au beau milieu de la vie, notre ego, en fait notre nature entière, se transforme, devenant subtilement imprégné par le présence du Soi ; notre nature prend alors une tout autre qualité qui n'a plus rien à voir avec les demandes et les désirs. Au début, il se peut que nous ne reconnaissions pas cette autre qualité parce qu'elle semble toute simple et toute ordinaire. Ceci est notre nature véritable, à chaque instant vivante. Souvent, ce sont les autres qui d'abord remarquent une transformation. Ils peuvent constater que nous sommes plus en paix avec nous-mêmes, que nous ne sommes plus aussi affectés par les conflits et les émotions négatives. Cela vient si graduellement qu'un certain temps peut se passer avant que nous puissions réaliser que quelque chose de fondamental est différent. Tant d'attentes par rapport à la voie se sont dissipées ; nous avons peut-être dû abandonner certaines d'entre elles avec peine. Alors la vraie voie prend vie en nous. Nous avons développé le sens de notre propre nature, sens qui n'est plus fondé sur l'ego avec ses peurs et ses incertitudes, mais sur des qualités plus profondes et plus réelles.
Parfois, il se peut que l'impétuosité des premières années nous manque, ainsi que l'intensité et l'exaltation de l'éveil, les rêves des états spirituels aussi peut-être. Et après avoir perdu tant d'illusions, qu'avons-nous trouvé ?
Nous avons tous à découvrir ce qui nous a été donné, ce qui est vrai en nous, nous avons à savoir « qui nous sommes, d'où nous sommes venus et où nous allons. »

Au-delà de l'ego
Par la grâce de la Voie et par nos propres efforts nous créons un contenant qui nous permet de vivre relié à notre Soi le plus haut. L'ego et le Soi sont alors en équilibre. Bien que nous puissions encore rencontrer des obstacles, des résistances qui requièrent toute notre attention, nous vivons la vie de l'âme au lieu de vivre uniquement celle de l'ego. Nous avons accepté les limitations de la vie et nous savons que le véritable service c'est de répondre au besoin du moment, et non pas de vivre une sorte de destinée spirituelle imaginaire. Nous avons renoncé à nos chimères d'illumination afin de nous enraciner dans la vie de tous les jours. Peut-être que pendant la méditation ou bien au beau milieu de la vie nous avons des aperçus occasionnels d'une réalité différente : nous ressentons une paix qui nous inonde ou bien encore une joie profonde. De temps en temps notre cœur se remplit d'une douceur inexplicable ; nous voyons l'amour en chaque feuille de chaque arbre. Puis, le voile retombe et nous sommes de retour dans le monde de l'ego.

Le voyage ne serait-il que cela ?
Quand Dhu'l Nun demanda : « Quelle est la fin de l'amour ? », on lui répondit : « Ô, simplet, l'amour n'a pas de fin puisque le Bien-Aimé n'en a pas non plus. » Les états de l'amour se transforment continuellement. Lorsque nous avons finalement accepté le caractère ordinaire de la voie, alors parfois Il rit et nous déconcerte, mettant notre monde sens dessus dessous, nous ouvrant à Sa grandeur et à Sa majesté. De nouveau l'image que nous avions de la voie est brisée et nous sommes emportés hors de nous-mêmes. De nouveau nous réalisons que le don de soi, toujours plus grand, ainsi que la non-connaissance sont requis.
Une amie décrit comment cela lui arriva :
« Dans un rêve, on me dit que je devais me préparer à mourir maintenant, tout simplement. Je n'eus aucune réaction ; il en était ainsi. Lorsque je me rappelai ce rêve, ce fut encore comme une pensée toute simple.
« Puis, quelques jours plus tard j'eus une expérience dans laquelle on me dit : "Tu vas bientôt mourir ; prépare-toi." De nouveau, je n'eus aucune réaction, je ne ressentis aucune émotion. Je pris cela sérieusement. Je pensai à régler quelques affaires afin de ne pas laisser trop de chaos derrière moi. J'avais à trier des choses, des papiers... bientôt. J'avais l'impression d'être envoyée en voyage pour une certaine mission.
« Mais, le jour suivant, j'eus une expérience dans laquelle je me mouvais à travers l'espace à une vitesse incroyable, extrêmement rapide.
« Qui étais-je ? "Je" n'étais plus moi mais une énergie ou une sorte de conscience à laquelle je participais. J'allais vers un soleil noir qui irradiait intensément. C'était le centre le plus profond, absolu, et il m'attira. Je réalisai que c'était l'intensité de cette attraction qui engendrait la vitesse qui m'emmenait. Je me rapprochais de plus en plus et commençais à me dissoudre. Il ne restait que la douceur infinie d'une "faiblesse" légère, et puis même cette impression fut absorbée, tout fut absorbé. Mais, au même moment, et je ne sais pas comment cela pût avoir lieu, "je" fus brisée, soufflée, j'éclatai en milliers de morceaux. Je m'évanouis, perdis connaissance et, en revenant, je "me" retrouvai, "moi", cette conscience que je pouvais ressentir de toutes parts. Vraiment, partout, dans chaque goutte d'eau de l'océan, dans chaque visage, dans les pierres et dans les étoiles.
« Je fus choquée, même physiquement. Dans les jours qui suivirent, je me mis à trembler. Ayant des vertiges, je pus à peine garder mon équilibre. Lorsque j'allais acheter de la nourriture, je devais me tenir au comptoir ; tout tournait autour de moi, et cela dura des jours. Et ce n'était pas seulement l'équilibre physique que j'avais perdu. J'étais tiraillée entre des états émotionnels extrêmes, parfois je me sentais très vulnérable et qui plus est je ressentais une grande souffrance, parfois je ressentais une joie extatique, un sentiment de retour "au pays", un sentiment de liberté...
« Maintenant, il y a des moments où je pense être vraiment démente, où je crois devenir folle. Mais rien en moi ne veut réellement changer cela. Tout comme dans l'expérience relatée, je me sens fortement attirée et je ne veux pas résister.
« Il m'est impossible de penser avec le mental à ce que j'ai vécu alors ; j'ai essayé pourtant, afin de comprendre l'incompréhensible. Dans la profondeur de l'union, de l'unité, de la vacuité, il y avait comme des cassures, des éclatements comme si du néant surgissait la création, dans une explosion. Ce fut un grand choc !
« Tout semble différent maintenant. L'existence entière est une chose si ténue, comme un voile très fin, similaire au corps physique que je ressens comme très fragile...
« Je ne sais pas pourquoi j'essaie d'écrire ceci, tout ce que je tente d'exprimer en mots ne correspond pas à la réalité. »
Ceci n'est pas une fantaisie spirituelle mais une réelle expérience de laquelle vous ressortez sans plus savoir ou poser vos pieds. Tout ce que vous saviez, même votre sens du moi et votre stabilité, tout cela est détruit en un instant.
S'il n'y avait pas auparavant toutes ces années de préparation pendant lesquelles on apprend à être enraciné, pendant lesquelles on crée un contenant subtil mais résistant, sans tout cela on deviendrait complètement fou. Alors, on ne pourrait pas vivre cette expérience, ce serait juste comme être projeté hors d'une orbite, loin, au-delà des étoiles, incapable alors de revenir à une vie équilibrée.
Cette amie a une famille, des enfants qui ont besoin de toute son attention. Elle ne pourrait pas se retirer dans une grotte pour s'y asseoir immergée dans un état de non-être, dans un état béatifique de complète absorption. Elle doit se lever le matin, emmener les enfants à l'école, les aider à faire leurs devoirs, préparer le dîner...
La voie vous prépare à une telle expérience qui survient quand vous vous y attendez le moins. Lorsque le maître, ou bien un être élevé, sait que vous êtes prêt, que vous êtes capable de supporter l'expérience, à ce moment vous allez être complètement attiré hors de l'ego vers le centre réel de votre être et bien au-delà. Cela est-il vie ou mort ? Vous revenez de cette expérience tout étourdi et sans en avoir bien pris conscience. Mais quelque chose de fondamental a changé. Le centre obscur du non-être, le soleil noir vous a absorbé. L'ego en tant que centre de la conscience a été à jamais annihilé et vous réalisez alors la fragilité de son existence, la fragilité de la vie telle que vous l'avez connue.
Cela marque-t-il la fin ou le commencement ? Tout ceci n'est que mots.
Etre là où vous ne vous trouvez pas, ceci semble paradoxal jusqu'au moment où vous vivez cet état ; alors cela prend tout son sens. Pourtant, vous revenez à la vie de tous les jours et bien que l'ego soit transformé il est toujours là.
La maturité spirituelle c'est de vivre comme un mystique dans le monde, tout à fait responsable dans notre vie quotidienne bien que sachant que la vie n'est qu'une fragile illusion.
Dans notre monde intérieur coulent d'autres courants comme des forces puissantes qui viennent d'au-delà des étoiles. Parfois ces courants apportent avec eux de doux parfums, parfois ils sont froids et désolés et ils hurlent à travers nous. Il y a de vastes étendues d'obscurité et des océans de lumière. Mais, nous avons appris à rester centrés, nous retenant au fil ténu qui est suspendu entre les mondes.

On demanda à Al-Kharaqânî, un maître du XIe siècle :
« Quelle est la personne appropriée pour parler de fanâ (annihilation) et de baqâ (permanence) ? »
« Il répondit : "Lorsqu'un gros cyclone surgit, emportant arbres, maisons, montagnes, les jetant dans l'océan jusqu'à le remplir, celui qui se tiendrait suspendu à un fil de soie entre les cieux et la terre sans être remué par ce cyclone, celui-là a la connaissance et peut parler de fanâ et de baqâ." »

Traduit de l'américain par Uma Lacombe



Extrait de la revue Terre-du-ciel N°74

Version anglais sur http://www.goldensufi.org/a-spiritualmaturity.html

Publié en anglais dans Sufi Journal, Issue 67, Autumn 2005

Pour aller plus loin :
Llewellyn Vaughan-Leele : « Visage d'avant ma naissance »
The Golden Sufi Center
http://www.goldensufi.org
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Published mercredi, février 25, 2009 by Michel G with 0 comment

La nouvelIe spiritualité

Bien des gens sont déja conscients du fait qu'il existe une différence entre spiritualité et religion. ils réalisent que le fait de disposer d'un système de croyances - un ensemble de pensées que vous considérez comme vérité absolue - ne fait pas de vous une personne spirituelle, quelle que soit la nature de ces croyances. En fait, plus vous assimilez vos pensées (croyances) à votre identité, plus vous vous coupez de votre dimension spirituelle intérieure. Bien des gens « religieux » restent pris à ce niveau. Comme ils assimilent la vérité à la pensée, une fois qu'ils sont complètement identifiés à leurs pensées (leur mental), ils prétendent être les seuls possesseurs de la vérité. Inconsciemment, ils ne font que protéger leur identité et ne réalisent surtout pas les limites de la pensée. A moins de croire (penser) exactement comme eux, vous êtes selon eux dans l'erreur. Il n'y a pas si longtemps, ils vous auraient tué pour cela, tout en se sentant tout à fait justifiés de le faire. C'est d'ailleurs ce que certains font encore de nos jours.

La nouvelIe spiritualité, c' est-à-dire la transformation de la conscience, émerge dans une grande mesure en dehors des structures religieuses institutionnalisees actuelles. La spiritualité a toujours existé dans les religions dominées par le mental. Mais les hiérarchies institutionnalisées se sont toujours senties menacées par elle et ont souvent essayé de la supprimer. L'ouverture à la spiritualite à grande échelle en dehors des structures religieuses est un phénomène entièrement nouveau. Autrefois, cela n'aurait pas pu se concevoir, surtout en Occident, la culture la plus dominée de toutes par le mental, culture où l'EgIise chrétienne avait une franchise virtuelle sur la spiritualité. II etait foncièrement impossible de discourir sur la spiritualité ou de publier des livres dans ce domaine à moins d'avoir été approuvé par l'Eglise. Si vous ne l'étiez pas, on vous réduisait illico presto au silence. Mais de nos jours, il y a des signes de changemenrs, même dans certaines confessions et religions. Il est réconfortant et gratifiant de constater le moindre signe d'ouverture, entre autre la visite du pape Jean-Paul II à une mosquée et à une synagogue.


En partie à cause des enseignements spirituels issus des religions établies, mais aussi grâce à l' arrivée des anciens enseignements orientaux, un nombre croissant d'adeptes des religions traditionnelles peuvent désormais se détacher de leur identification à la forme, au dogme et aux systèmes de croyances rigides pour découvrir la profondeur cachée originale propre à leur tradition spirituelle. Par la même occasion, ils découvrent cette profondeur en eux. Ces adeptes réalisent ainsi que le degré de spiritualité n'a rien à voir avec ce que vous croyez, mais tout à voir avec votre état de conscience. Et cette prise de conscience détermine la façon dont vous agissez dans le monde et avec autrui.

Ceux qui ne réussissent pas à voir au-delà de la forme s'incrustent davantage dans leurs croyances, c'est-à-dire dans leur mental. Nous assistons donc en ce moment non seulement à une expansion sans précédent de la conscience, mais également, en parallèle, à un fort renforcement de l'ego. Certaines institutions religieuses acceptent de s'ouvrir à cette conscience nouvelle, alors que d'autres durcissent leurs positions et rejoignent les rangs de toutes les autres structures créées par l'homme pour permettre à l'ego de se défendre et de contre-attaquer.


Certains cultes, confessions, sectes ou mouvements religieux forment des entités collectives totalement fondées sur l'ego et aussi rigidement identifiées à leurs positions mentales que les partisans de n'importe quelle idéologie politique fermée à une quelconque autre interprétation
de la réalité que la leur.

Mais, comme l'ego est destiné à se dissoudre, toutes ses structures rigides, qu'elles soient de nature religieuse, institutionnelle, corporative ou gouvernementale, se désintegreront de l'intérieur, même si elles semblent profondément ancrées. Ce sont les structures les plus rigides, les plus hermétiques au changement qui s' effondreront les premières. C'est ce qui s'est déja produit dans le cas du communisme soviétique. Ce régime politique ne semblait-il pas ancré à tout jamais, solide et monolithique ?

Pourtant, en quelques années, il s'est désintegré de l'intérieur. Personne ne l'avait prévu et tout le monde fut pris par surprise.

Quelques autres belles surprises de cet ordre nous attendent !




L' urgence de la transformation

Quand on se trouve devant une crise radicale, quand la vieille façon d'être dans le monde, d'interagir avec autrui et avec la nature ne fonctionne plus, quand la survie est menacée par des problèmes apparemment insurmontables, soit une forme de vie particulière ou une espèce mourra, soit elle dépassera les limites qui lui sont imposées et fera un bond évolutif.

Les formes de vie de norre planète auraient tout d'abord évolué dans la mer. Alors qu'il n'y avait aucun animal sur la terre, la mer regorgeait déjà de vie. A un moment donné, une de ces créatures marines a du s'aventurer sur la terre. Elle a probablement au tout début rampé quelques centimètres puis, épuisée par l' énorme force gravitationnelle de la planète, a du retourner dans l'eau, où la force de gravité étant presque nulle, elle pouvait vivre plus facilement. Puis, après d'incalculables tentatives, elle s'est adaptée à la vie sur terre, a développé des pattes à la place des nageoires et des poumons, à la place des branchies. Une espèce ne s'aventure pas dans un milieu si étranger et ne subit pas une telle transformation évolutive à moins qu'une situation critique ne la force à le faire.
Peut-être une grande partie de la mer fut-elle coupée du reste et vit-elle son niveau baisser au fil des millenaires, forçant les poissons à quitter leur milieu et à évoluer ailleurs.

C'est ce genre de défi auquel l'humanité est confrontée actuellement : l'humanité doit réagir à une situation critique qui menace sa survie même. Le dysfonctionnement de l'esprit (ego), déjà reconnu il y a plus de 2 500 ans par les anciens sages et maintenant amplifié par la science et la technologie, menace pour la première fois la survie de la planète tout entière. Jusqu'à récemment, la transformation de la conscience humaine, également mentionnée par les anciens sages, n'était rien d'autre qu'une possibilité, concrétisée ça et là chez quelques rares personnes, indépendamment de leur culture ou de leur confession religieuse. Un tel avènement de la conscience humaine ne se produisait pas parce que ce n'était pas impératif.

Une portion significative de la population terrestre reconnaîtra bientôt, si ce n'est déjà fait, que l'humanité se trouve devant un choix brutal: évoluer ou mourir. Un pourcentage encore relativement faible mais constamment croissant de l'humanité est en train de faire sauter les vieiIles structures de l'ego et d'entrer dans une nouvelle dimension de la conscience.

Ce qui émerge en ce moment, ce n'est pas un nouveau système de croyances, une nouvelle religion, mythologie ou idéologie spirituelle, puisque nous arrivons au bout non seulemenr des mythologies, mais également des idéologies et des systèmes de croyances. Le changement se situe au-delà du contenu du mental, au-delà de nos pensées. En fait, au coeur de la nouvelle conscience se trouve la transcendance de la pensée, l'habileté nouvellement trouvée de s'élever au-dessus de la pensée et de réaliser une dimension en soi infiniment plus vaste que la pensée. Le sens de votre identité ne vient alors plus de l'incessant flot de pensées que vous preniez pour vous dans l'état de l'ancienne conscience. Quelle libération de réaliser que la « voix dans ma tête» n'est pas ce que je suis ! Mais alors, qui suis-je? Je suis celui qui voit ceci. Je suis celui qui est là avant la pensée. Je suis la présence dans laquelle la pensée, l' émotion ou la perception se produisent.
L'ego n'est rien d'autre qu'une identification à la forme, principalement aux formes-pensées. Si le diable est un tant soit peu une réalité (pas une réalité dans l'absolu, mais quelque chose d'apparente), cette définition lui convient bien aussi : complète identification à la forme, qu'il s'agisse de formes physiques, de formes-pensées, de formes émotionnelles. Cette identification se traduit par une inconscience totale de mon lien avec le Tout, avec tout autre être et avec la Source. Cet oubli, c'est le péche originel, la souffrance, l'illusion. Quand cette illusion de division soustend et gouverne tout ce que je pense, dis et fais, quelle sorte de monde puis-je créer ? Pour trouver la réponse à cette question, il suffit d'observer la façon dont les humains agissent les uns envers les autres, de lire un livre d'histoire ou de simplement regarder les nouvelles à la télévision le soir.
Si les structures du mental humain restent telles qu'elles sont, nous finirons toujours par fondamentalement recréer le même monde, les mêmes démons, le même dysfonctionnement.


Un nouveau paradis et une nouvelle Terre

Pour le titre de cet ouvrage, je me suis inspiré d'une prophétie de la Bible qui semble plus appropriée maintenant qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire de l'humanité. Cette prophétie, qui se retrouve aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, parle de l'effondrement de l'ordre mondial existant et de l'émergence d'un « nouveau paradis et d'une nouvelle terre. ». II faut comprendre ici que le paradis n'est pas un lieu à proprement parler, mais le royaume intérieur de la conscience. Tel est le sens ésotérique de ce terme. C'est également le sens des enseignements de Jésus. Quant a la Terre, elle est la manifestation extérieure de ce paradis intérieur. La conscience humaine collective et la vie sur notre planète sont intrinsèquement liées. Le « nouveau paradis », c'est l'avènement d'un état de conscience humaine transformée, la « nouvelle Terre» en étant le reflet dans le monde physique. Etant donné que la vie et la conscience humaines font intrinsèquement un avec la vie de la planète, et à mesure que l'ancienne conscience se dissout, il est certain que, parallèlement, des bouleversements géographiques et climatiques se produisent à bien des endroits de la planète, bouleversements auxquels nous assistons déjà.


Extraits du livre d'Eckhart Tolle "Nouvelle Terre"
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Published mercredi, février 25, 2009 by Michel G with 0 comment

L'écoute. L'ouverture. La présence. La vie

L'écoute. L'ouverture. La présence. La vie.

La transmission de la lumière n'est pas intentionnelle. Elle se produit
spontanément quand l'ouverture rencontre l'ouverture.

C'est l'absence de soi qui est notre totale présence. L'écoute est notre vraie nature.
L'écoute est désencombrée, libre de toute mémoire. C'est un non-état. L'écoute est un continuum. Tout objet perçu vous ramène à votre vraie patrie, à l'écoute.

Quand l'écoute est maintenue, elle devient lucidité, éveil.

L'écoute est une méditation constante, sans personne pour méditer ni objet de méditation.

L'écoute est le support de toutes les perceptions. C'est la lumière qui donne réalité à tout ce qui est perçu.
Dans l'écoute vous vivez réellement votre complète absence. C'est seulement dans cette absence complète que vous pouvez sentir votre présence. Vous ne pouvez vous en empêcher, vous êtes écoute.

Soyez un observateur vierge de préjugés, innocent, dépourvu de toute intention préalable. Ce que vous avez compris se résorbe dans l'être la compréhension. Être compréhension est silence.

Ce que vous êtes ne peut jamais se mettre en évidence ; c'est une ouverture totale qui ne se réduit jamais à une conclusion ou à une assertion.

C'est en comprenant la nature de la personne que vous pouvez vous affranchir de la personne.

En vivant dans l'abandon, vous êtes complètement libre.

Au moment où vous demeurez dans votre plénitude, dans votre ouverture, il n'y a plus de division, il y a totalité. Voir comment vous fonctionnez dans la vie quotidienne est la seule voie.

Dans la vie, il n'y a jamais répétition, chaque instant est neuf.


La conscience est la seule réalité.

En accueillant ce qui vous entoure, vous lui permettez de se déployer. Être compréhension est présence silencieuse.

L'enseignement se produit quand il n'y a pas de maître.

Quand vous vous trouvez sciemment dans votre propre absence, vous stimulez cette absence chez autrui.

Vous pouvez seulement être la vérité, vous ne pouvez jamais connaître la vérité...

Vous ne pouvez jamais voir la lumière parce que vous êtes cette lumière.

Vous ne pouvez jamais provoquer la compréhension, vous pouvez seulement vivre avec votre question.

Quand vous vivez sans intention, il y a la vie... être libre de toute anticipation, de toute intention, c'est vivre libre...

L'acceptation. Le corps Le corps est un véhicule auquel vous ne devez pas vous identifier.

Accepter veut dire accueillir chaque fait, chaque perception qui vous vient.

Accepter entraîne l'harmonisation de la pensée. Accepter la situation harmonise la situation. Accepter est libre de volonté, accepter est absolument actif, alerte. C'est actif-passif.

Accepter, c'est lorsque vous dites "Je ne sais pas..."

Une acceptation réelle est un lâcher prise, un abandon, une attente, mais une attente sans attente.

Ce que fondamentalement vous êtes ne peut jamais être conçu, ne peut jamais être imaginé.

Ainsi dans la méditation, nous ne sommes rien d'autre qu'ouverture, nous sommes un total, un global "je ne sais pas" en étant connaissance.

Le coeur est intemporel. C'est seulement là qu'il y a présence, être-connaissance.

L'enseignement véritable est un non-enseignement, car en vérité il n'y a rien à enseigner. Ce que vous cherchez vous l'êtes fondamentalement.

Ce corps possède une mémoire organique de son état parfait de détente et de liberté.
Le corps est une expression de l'écoute, une expression du silence, une expression de la conscience ; il a sa patrie, sa potentialité dans la conscience, dans l'écoute. En un certain sens, c'est une boussole, il vous ramène à votre vraie nature.

L'approche corporelle vous conduit à un état de bien être et de clarté, de transparence qui vous permet d'être accessible à la compréhension ultime. Comme la pensée et le corps sont interdépendants, la disponibilité et la légèreté du corps jouent un rôle dans la compréhension.

Accepter organiquement la maladie et vivre avec elle est la seule façon de la soigner. En acceptant la maladie, vous ne l'alimentez plus. Vous devez l'aimer, c'est tout. Quand vous l'aimez vraiment, vous trouvez un moyen de l'affronter.

Soyez affranchi de vous-même et vous découvrirez la liberté chez autrui, et autrui n'existera plus, seul l'amour existera.


La maturité. La liberté.

La maturité, c'est voir clairement les choses, les voir dans leur relation à la vérité, à ce que vous êtes. La maturité vous amène le pressentiment de ce que vous êtes, elle vous conduit au seuil du "je suis".

La maturité vient seulement quand vous connaissez l'art d'explorer, de questionner une situation sans chercher une réponse. Dans cette investigation, vous êtes complètement ouvert.

Aussi, soyez ouvert à l'ouverture. C'est une sensation de globalité, de totalité où se déploie le "je suis".

Tout votre organisme est complètement dilaté, ouvert, et dans cette ouverture, il y a amour. Seulement alors, il y a amour. Aussi, ce qui est important, c'est de se découvrir dans la non-connaissance. Dans la non-connaissance vous vous sentirez dans une immensité, une expansion où n'existe aucun isolement.

Dans la méditation, il n'y a personne pour méditer ni rien à méditer, il y a seulement l'être.

La seule liberté dont nous disposions est de devenir conscient de ce que nous sommes en réalité. C'est la seule liberté que nous ayons. Il n'y a pas d'autre liberté..

La seule liberté que vous soyez est de vous éveiller au témoin, d'être le témoin du théâtre du monde en vous. Ce témoin, cette présence, est totale absence de vous-même, absence d'une quelconque personnalité. C'est dans cette absence que vous vivez la plénitude.

Ce que nous sommes réellement se révèle de soi-même.

La seule réalité est d'être la lumière qui éclaire le film.

On doit vivre l'essence de manière à pouvoir la formuler dans le langage en cours et ainsi la transmettre.

Votre réelle autonomie, votre vraie nature est ce qui est le plus proche de vous : c'est vous-même. Chaque pas accompli pour l'atteindre vous en éloigne.

Il n'y a qu'un seul et unique désir qui englobe tous les désirs, et qui est celui d'être libre, d'être autonome, d'être totalement soi-même.


Vie. Tranquillité. Être.

C'est uniquement une tranquillité vivante, une tranquillité où personne n'essaie d'être tranquille, qui est apte à défaire les conditionnements auxquels est soumise notre nature biologique. Quand la vie n'est pas soumise à un choix, elle a la liberté de se déployer.

Dans une question vivante, l'ouverture est la voie vers une réponse vivante.

Les facultés créatrices sont une expression de l'ultime mais lorsqu'on oublie que l'on est l'ultime, il se produit une insécurité, une identification avec la création.

La vigilance purifie l'esprit et tôt ou tard, cette vigilance vous transportera consciemment au-delà de l'esprit.

La seule vérité est l'être, qui est sans cause, autonome.

Vivez votre être et vous vous éveillerez à la tranquillité.

Une fois que l'esprit cesse ses efforts de préhension, une fois qu'on renonce à atteindre et devenir quelque chose, une fois que l'énergie n'est plus investie dans une stratégie et dans la poursuite d'un but, l'esprit retourne à un état d'équilibre où tout demeure pacifié et tend vers la conscience silencieuse, au sein de laquelle pensées et perceptions vont et viennent.

La conscience est notre totalité, notre expression totale est dans la conscience.

La vision réelle est une perception directe. C'est faire face aux faits, à la sensation, à l'état des choses sans faire intervenir une justification, un contrôle, une rationalisation ou une pensée à leur sujet. Dans la vision, il n'y a pas de personnalité qui voit.

Quand nous ne sommes rien, tout est possible !

La grâce a toujours été et ne cesse d'être, prête à être accueillie. Elle est la joie, la totale sécurité sans cause.

Vous ne pouvez découvrir ou devenir la vérité car vous l'êtes.

Ce qui surgit d'inattendu, d'impromptu, sans cause, libre de tout passé, ce qui surgit sans racines, ce qui ne ne s'épanouit ni ne se flétrit, ce qui est le plus naturel, libre de toute tension, c'est cela votre vraie nature.

Vivre est un continuum totalement irréductible à toute objectivation, un présent à jamais présent.

Dans notre absence en tant que quelqu'un, il y a Dieu. Cette absence aussi appartient à Dieu. Il n'existe que Dieu.

Comprendre ne relève pas d'un niveau mental.

Votre nature est d'être attentif, conscient de ce qui apparaît en vous.

C'est en permettant à la méditation de s'épanouir dans votre vie quotidienne que se déploie la plénitude de votre vraie nature.

Vous êtes créateur quand vous ne cherchez rien, quand vous ne faites rien...

Donnez tout votre cœur et toute votre intelligence à ce qui se présente d'instant en instant, laissez chaque instant disparaître et accueillez le suivant.

C'est au-delà du connu qu'existent les possibilités de découvertes infinies.

Ce que nous sommes, notre vraie nature, la Toute-Présence, n'existe ni dans le temps, ni dans l'espace.

L'existence se déroule dans l'être, qui, lui, est affranchi du temps et de l'espace.

Toute tentative perpétrée par le Moi, constitue un obstacle. Quand nous renonçons à cette démarche, tous les concepts disparaissent, nous sommes submergés par la grâce, et la toile de fond, la conscience, devient pour nous une réalité vivante.

C'est du silence vivant qu'émane le parfum de l'existence.

La conscience silencieuse est toujours présente, que nous pensions ou non.

Votre vraie nature est tranquillité, lumière, déploiement sans périphérie ni centre. C'est l'être non-conditionné, c'est l'amour.

Une fois que vous vivez dans l'observation qui est votre état naturel, vos actes ne laissent plus aucune trace en vous.

Se connaître est un état de joie, de paix, de félicité, de sécurité permanente.

Dans l'acceptation, intelligence et action juste apparaissent.

Vous pouvez seulement vivre votre pure présence, qui, toujours, est.

Une profonde détente émane de l'ultime. Dans cette détente, tout votre être se déploie sans effort, joyeusement. Là, votre vraie nature renvoie à elle-même.

C'est à travers le connu que l'inconnu se révèle. Mais ils ne font pas deux. L'ultime s'exprime dans l'espace et le temps, et se résorbe en lui-même.

Votre vraie nature n'est ni une chose comme l'âme, ni un état, c'est un flot de vie ininterrompu.

C'est seulement quand nous vivons dans notre totalité, libres de tout but, de toute préférence et de tout choix, libres de l'ego, que peut s'épanouir la pleine expression de la vie.

La présence inconcevable est notre vraie nature dans laquelle tout apparaît.

La conscience se connaît elle-même par elle-même.

Aller réellement avec l'écoulement de la vie est "passif-actif" : passif en ce sens que l'ego est complètement absent, qu'il n'y a ni intention, ni but, ni mobile. Mais actif en ce qu'en l'absence de l'ego vous êtes dans votre présence, dans votre conscience, et toutes vos énergies et tous vos dons sont libérés.

Dieu est quand vous n'êtes pas (Maître Eckhart).

Jean Klein
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